La dioxine revient à la une

Publié le par Perceval

La dioxine est revenue à la une des médias en Belgique. L'affaire des poulets belges est le dernier scandale bis repetita puisqu’il est une reproduction à petite échelle de l’affaire qui a défrayé en 1999 l’actualité et porté au pouvoir le parti écologiste. Mais le poulet est-il naturellement condamné à être contaminé par la dioxine ? Non, d'autres viandes peuvent en contenir si la chaîne alimentaire est souillée. L’homme étant en fin de chaîne il accumule cette molécule dans son organisme.

D'où viennent ces polluants ? Quelles sont les doses maximales autorisées ? Quels dangers présentent-ils ?

Les dioxines sont des produits secondaires de réactions chimiques. Emises principalement par les incinérateurs de déchets, l’industrie du papier et la production de plastiques pour 60 %, l’industrie sidérurgique pour 38 %, mais aussi les voitures, les chauffages individuels et les barbecues pour 2 %. Le terme chimique de dioxine recouvre en réalité une famille de 210 composés organiques chlorés parmi lesquels 17 sont toxiques et 1 a un effet cancérigène prouvé chez l’homme. Il s’agit du 2,3,7,8-TCDD ou dioxine de Seveso, qui provoque chez les personnes exposées de manière chronique à de petites doses une augmentation du risque de cancer équivalent au tabagisme passif.

Les normes sont encore discutées, Aux Etats-Unis, à travers la Food and Drug Administration (FDA), préconisent seulement 0,0064 picogramme, soit 100 fois moins qu’en Europe. Où est la vérité ? Nous nous heurtons là au problème général du pouvoir néfaste des molécules chimiques sur la santé, beaucoup de suspicion, peu de preuves irréfutables. D’où ces normes variables en fonction de données arbitrairement interprétées et surtout confusion des esprits dans la population qui soit s’inquiète de manière irrationnelle soit se moque des ces experts « qui à force de crier au loup… ».

L’Histoire des états unis d’Amérique explique l’extrême prudence des Etats Uniens face à la dioxine. Lla raison en est  l’Agent Orange, puissant herbicide utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam. Les associations de Vétérans l’incriminent comme responsable de nombreux problèmes de santé. De plus, on se souvient qu’en 1983 toute la ville de Times Beach dans le Missouri fut évacuée après la découverte d’une pollution des rues par la dioxine, avant d’être détruite par les bulldozers. Par contre le drame de Seveso survenu en 1976 en Italie, ville victime d’une catastrophe industrielle sans précédent en Europe, n’a pas eu  le même impact sur nos experts.  

En matière de santé, il faut différencier l’intoxication aiguë de fortes doses, ce qui fort heureusement est très rare et, malheureusement, très visible et l’intoxication chronique de petites doses.  Les produits alimentaires les plus souvent exposés à la contamination par la dioxine sont les viandes en général, le lait et les produits de la mer, plus rarement les œufs, les fruits et légumes et enfin les céréales. Actuellement, 95% de la dioxine retrouvée dans notre organisme provient de notre alimentation.

La surveillance de notre chaîne alimentaire reste le moyen le plus sur pour détecter les contaminations en dioxine de nos aliments. Les intoxications habituellement à l’origine des derniers scandales sont accidentallo-intentionnel. Ce néologisme permet de comprendre que nos comportements peuvent être à risque même s’il n’y a pas intention de nuire. L’activité humaine domestique peut aussi déverser dans la nature de la dioxine par exemple sur les cultures du bord des routes ou lors de l’incinération de nos poubelles dans des incinérateurs de jardin.

Dans nos pays latins, les services spécialisés en maladies environnementales sont encore rares. Les pays du Nord de l’Europe dont l’Allemagne en tête ont pris une longueur d’avance dans les connaissances concernant les implications médicales de l’imprégnation chronique de l’organisme en substance chimique en petites doses.   L’Europe se réveille, l’adoption même sous une forme édulcorée de la réglementation REACH par le parlement européen, le scandale de l’amiante en France avec les demandes d’indemnisation, le scandale de Tchernobyl et les doutes qui pèsent sur l’origine de nombreux cancers de la thyroïde et enfin le sondage d’eurostat montrant que les populations européennes mettent en première ligne de leurs préoccupations les atteintes environnementales obligeront nos pouvoirs publiques à investir dans la recherche et la prévention en médecine environnementale.
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Publié dans Le coin du médecin

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